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EOR ou filiale aux États-Unis : que choisir ? | Orbiss

Rédigé par Kaella Clements | 23 oct. 2026, 20:00:00

Un employer of record (EOR) vous permet de recruter rapidement aux États-Unis sans société américaine : l’EOR emploie la personne et gère la paie pour votre compte. Une filiale américaine demande plus de temps à mettre en place, mais elle vous donne votre propre employeur américain, vos contrats, votre compte bancaire et l’accès à certains visas. Beaucoup d’entreprises internationales commencent par un EOR pour leurs un ou deux premiers recrutements, puis passent à une filiale lorsqu’elles constituent une équipe ou commencent à vendre aux États-Unis.

Dernière mise à jour : octobre 2026

Pour une entreprise installée hors des États-Unis, le premier recrutement américain pose une question de structure avant toute question de paie : qui sera l’employeur légal de cette personne ? Les deux réponses les plus courantes sont un employer of record et votre propre filiale américaine. Les deux peuvent fonctionner. Elles ne règlent simplement pas les mêmes problèmes, et un EOR vous laisse certains des risques les plus importants.

Ce guide compare les deux options, explique ce qu’un EOR ne couvre pas et indique quand il est pertinent de changer.

Qu’est-ce qu’un employer of record (EOR) ?

Un employer of record est une société qui emploie officiellement un salarié pour votre compte. Il embauche la personne via sa propre entité américaine, gère la paie, retient et verse les charges sociales américaines, fournit les avantages sociaux par ses propres contrats et s’occupe des immatriculations dans les États. Vous choisissez la personne, dirigez son travail au quotidien et versez à l’EOR des frais en plus des coûts d’emploi.

Son principal atout est la rapidité. Vous n’avez besoin ni d’une société américaine, ni d’un Employer Identification Number (EIN), ni d’un compte bancaire américain, ni de comptes de paie dans les États avant votre premier recrutement : l’EOR les a déjà.

Un EOR n’est pas une PEO (professional employer organization). Une PEO travaille avec une entreprise qui possède déjà sa propre entité américaine et partage avec elle les responsabilités d’employeur. Un EOR s’adresse aux entreprises qui n’ont aucune entité aux États-Unis.

Qu’apporte une filiale américaine ?

Une filiale américaine est une société américaine détenue par votre groupe, le plus souvent une corporation créée dans le Delaware ou dans l’État où vous êtes actif. Elle devient l’employeur de votre équipe américaine, signe les contrats américains en son nom, ouvre un compte bancaire aux États-Unis et facture vos clients américains.

Elle a aussi ses propres obligations : un EIN, des immatriculations dans chaque État où elle opère, sa propre paie, sa comptabilité et ses déclarations fiscales annuelles. Une corporation détenue à au moins 25 % par des étrangers dépose aussi le Form 5472 (en anglais) lorsqu’elle réalise des opérations à déclarer avec des parties liées, et les refacturations entre la maison mère et la filiale doivent être valorisées comme entre sociétés indépendantes. Notre checklist pour créer une filiale aux États-Unis reprend la liste complète.

EOR ou filiale américaine : le comparatif

Employer of record (EOR) Filiale américaine
Employeur légal de la personne L’EOR Votre société américaine
Délai avant le premier recrutement En général l’option la plus rapide : aucune entité à créer Plus long : société, EIN, compte bancaire et immatriculations dans les États d’abord
Structure des coûts Des frais par salarié, en général mensuels, en plus du salaire, des charges patronales et des avantages sociaux Des coûts de création et des coûts fixes annuels (registered agent, formalités dans les États, comptabilité, déclarations fiscales), en plus du salaire, des charges et des avantages sociaux
Signataire des contrats avec les clients américains Votre société étrangère Votre société américaine
Impôt sur les sociétés américain Votre société étrangère peut tout de même être exposée à l’impôt américain, selon ce que fait le salarié La filiale dépose ses propres déclarations et paie l’impôt sur son propre bénéfice
Visas de transfert intragroupe (L-1) et d’investisseur (E-2) Impossibles via un EOR Possibles, si les conditions sont remplies
BSPCE pour l’équipe américaine En principe non : la personne est salariée de l’EOR Possibles si la maison mère détient directement au moins 75 % et que les conditions sont remplies
Avantages sociaux et politiques RH Les contrats et règles de l’EOR Vos propres choix
Situations typiques Tester le marché, un ou deux premiers recrutements, besoins de courte durée Constituer une équipe, vendre aux États-Unis, lever des fonds américains

Ce qu’un EOR ne couvre pas

Un EOR gère l’administration de l’emploi. Il ne fait pas disparaître l’activité de votre entreprise aux États-Unis. Cinq points sont souvent oubliés.

1. Impôt sur les sociétés et établissement stable

Selon la convention fiscale franco-américaine, les bénéfices d’une société française peuvent être imposés aux États-Unis si elle y dispose d’un « établissement stable ». Cela comprend une installation fixe d’affaires, mais aussi une personne qui exerce habituellement le pouvoir de conclure des contrats au nom de la société (article 5 de la convention fiscale entre la France et les États-Unis, en anglais). Que cette personne soit officiellement employée par un EOR ne change rien à ce qu’elle fait. Un commercial recruté via un EOR qui signe régulièrement des contrats pour votre société française peut donc l’exposer à l’impôt américain. La plupart des conventions fiscales signées par les États-Unis contiennent une règle similaire.

Une société étrangère qui exerce une activité commerciale aux États-Unis doit déposer le Form 1120-F, même lorsqu’une convention exonère ses revenus. Si elle le dépose en retard (en général plus de 18 mois après la date limite), elle peut perdre le droit de déduire ses charges (IRS, instructions du Form 1120-F, en anglais). La convention précise aussi que détenir une filiale américaine ne crée pas, à lui seul, d’établissement stable pour la maison mère : c’est la filiale qui est imposée sur son propre bénéfice. Selon l’État, une personne qui y travaille pour votre compte peut aussi entraîner des obligations fiscales locales.

2. Responsabilité des charges sociales

Externaliser la paie ne transfère pas automatiquement la responsabilité juridique des charges sociales américaines. L’IRS précise que l’employeur reste en général responsable de l’impôt retenu à la source et des deux parts des cotisations Social Security et Medicare lorsqu’un tiers gère la paie. La principale exception est la Certified Professional Employer Organization (CPEO), dont les clients sont déchargés de cette responsabilité dans certaines situations (IRS, Outsourcing payroll and third-party payers, en anglais). Demandez à tout EOR comment il est structuré et ce qui se passe s’il ne paie pas.

3. Visas pour les salariés que vous transférez

Le visa de transfert intragroupe (L-1) exige que l’employeur américain ait un lien qualifiant avec la société étrangère : maison mère, succursale, filiale ou société affiliée (USCIS, L-1A, en anglais). Le visa d’investisseur (E-2) exige un investissement substantiel dans une entreprise américaine, et les salariés E-2 doivent avoir la même nationalité que l’investisseur (USCIS, E-2, en anglais). Un EOR n’a aucun lien avec votre société et n’est pas votre investissement : aucun de ces deux visas ne fonctionne par son intermédiaire. Si vous prévoyez d’envoyer un manager du siège, il vous faudra votre propre présence aux États-Unis. Voir notre série vidéo sur les visas d’affaires et notre équipe mobilité internationale.

4. L’actionnariat de votre équipe américaine

Les start-up françaises récompensent souvent leurs équipes avec des BSPCE. Ils peuvent être attribués aux salariés de la société émettrice et, pour les bons attribués à compter du 1er janvier 2026, aux salariés des filiales dont elle détient directement au moins 75 % du capital ou des droits de vote, si les conditions sont remplies (BOFiP, BSPCE). Une personne recrutée via un EOR est salariée de l’EOR, pas de votre société : elle n’entre pas dans cette définition. Vérifiez avec votre conseil français quel instrument utiliser, et comment les États-Unis l’imposeraient, avant de promettre du capital.

5. Contrats, propriété intellectuelle et contrôle

Avec un EOR, votre relation avec le salarié passe par le contrat de l’EOR. Vérifiez à qui appartiennent le travail produit et la propriété intellectuelle, les préavis, ce que deviennent les avantages sociaux si vous partez, et les éventuels frais pour transférer le salarié vers votre propre société plus tard.

Quand un EOR est-il pertinent ?

Un EOR est souvent la bonne première étape lorsque :

  • vous testez le marché américain et n’êtes pas sûr d’y rester ;
  • vous avez besoin d’une ou deux personnes rapidement, avant que la filiale soit prête ;
  • le poste ne consiste pas à signer des contrats au nom de votre société ;
  • vous n’avez pas besoin de transférer des salariés avec un visa L-1 ou E-2.

Même dans ce cas, faites analyser ce que le salarié fera réellement aux États-Unis. L’EOR prend en charge la paie ; la question de l’impôt sur les sociétés reste la vôtre.

Quand créer une filiale américaine ?

La filiale devient en général la meilleure structure lorsqu’au moins une de ces situations s’applique :

  • vous constituez une équipe américaine, pas seulement un recrutement isolé ;
  • une personne aux États-Unis négocie ou signe des contrats avec des clients ou des partenaires ;
  • vous voulez facturer vos clients américains et détenir un compte bancaire américain au nom d’une société américaine ;
  • vous prévoyez de transférer un manager avec un visa L-1 ou d’investir dans le cadre d’un visa E-2 ;
  • vos investisseurs, clients ou partenaires américains préfèrent ou exigent une société américaine ;
  • vous souhaitez attribuer des BSPCE à vos salariés américains ;
  • les frais d’EOR, qui augmentent avec chaque salarié, dépassent le coût fixe de votre propre entité.

Aucun effectif ne fait basculer la réponse automatiquement. Ce que fait l’équipe américaine compte plus que sa taille. Pour le budget, voir les coûts cachés de l’expansion aux États-Unis.

Comment passer d’un EOR à votre propre filiale

Au moment de changer, suivez ces étapes dans cet ordre pour que la paie et les avantages sociaux continuent sans interruption :

  1. Créez la filiale et obtenez son EIN. Si personne n’a de numéro de Social Security américain, la demande se fait par fax, par courrier ou via la ligne de l’IRS réservée aux demandeurs internationaux. Voir EIN ou ITIN pour les fondateurs étrangers.
  2. Ouvrez un compte bancaire américain, une étape qui peut être l’une des plus longues pour une société détenue par des étrangers.
  3. Immatriculez la société dans chaque État où travaillent vos salariés : retenue à la source sur les salaires, assurance chômage et, si nécessaire, enregistrement pour exercer une activité dans cet État.
  4. Mettez en place l’assurance accidents du travail (workers’ compensation), un prestataire de paie et les régimes d’avantages sociaux.
  5. Fixez une date de fin avec l’EOR, en respectant son préavis, et vérifiez s’il facture le transfert.
  6. Établissez de nouveaux contrats de travail au nom de la filiale. Les salariés remplissent de nouveaux formulaires d’embauche, comme le Form W-4 et le Form I-9, avec leur nouvel employeur.
  7. Mettez en place les conventions et la facturation intragroupe entre la maison mère et la filiale. Voir notre série vidéo sur la facturation intragroupe.

Nos équipes création d’entreprise et paie accompagnent les entreprises internationales à chacune de ces étapes.

Et si vous recrutiez des indépendants ?

Certaines entreprises tentent d’éviter les deux options en rémunérant un travailleur américain comme prestataire indépendant (independent contractor). Cela ne fonctionne que si la relation de travail est réellement indépendante. L’IRS examine le contrôle du travail, le contrôle financier et la nature de la relation, et un contrat ne suffit pas à trancher (IRS, Independent contractor or employee?, en anglais). Une personne qui travaille uniquement pour vous, selon vos horaires et sous votre direction, est probablement un salarié. Les États appliquent aussi leurs propres critères. Et l’activité d’un prestataire peut créer la même exposition à l’impôt sur les sociétés que celle d’un salarié.

En résumé

Un EOR est un moyen rapide et peu engageant de réaliser un premier recrutement aux États-Unis. Ce n’est pas un moyen d’opérer aux États-Unis sans y être présent : l’exposition à l’impôt sur les sociétés, les visas et l’actionnariat dépendent toujours de votre propre structure. Une filiale américaine demande plus de travail au départ, mais elle vous donne une base durable pour une équipe, des clients et des investisseurs.

Vous hésitez entre les deux ? Orbiss aide les entreprises internationales à créer et à gérer leur filiale américaine, de la création d’entreprise à la paie et à la fiscalité des entreprises. Parlez-en avec notre équipe, en français.

À lire : embaucher un premier salarié aux États-Unis · checklist pour créer une filiale aux États-Unis · À voir : série vidéo sur les structures juridiques américaines

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un employer of record (EOR) ?

Un employer of record est une société qui emploie officiellement un salarié pour votre compte. Il embauche la personne via sa propre entité américaine, gère la paie, retient et verse les charges sociales et fournit les avantages sociaux, tandis que vous dirigez le travail au quotidien. Il permet à une société étrangère de recruter aux États-Unis sans créer d’abord une société américaine.

Un EOR est-il la même chose qu’une PEO ?

Non. Une PEO (professional employer organization) travaille avec une entreprise qui possède déjà sa propre entité américaine et partage avec elle les responsabilités d’employeur. Un EOR s’adresse aux entreprises sans entité américaine : c’est lui l’employeur officiel.

Un EOR protège-t-il ma société de l’impôt américain sur les sociétés ?

Pas nécessairement. L’impôt sur les sociétés dépend de ce que fait le salarié, pas de qui l’emploie. Selon la convention fiscale franco-américaine, une personne qui conclut habituellement des contrats au nom de votre société peut créer un établissement stable, et une société étrangère qui exerce une activité commerciale aux États-Unis doit déposer le Form 1120-F.

Un EOR peut-il parrainer un visa L-1 ou E-2 ?

Non. Le visa L-1 exige que l’employeur américain soit la maison mère, une succursale, une filiale ou une société affiliée de votre société étrangère, et le visa E-2 exige un investissement dans votre propre entreprise américaine. Un EOR n’est ni l’un ni l’autre : ces visas nécessitent votre propre société américaine.

Quand passer d’un EOR à une filiale américaine ?

En général lorsque vous constituez une équipe aux États-Unis, lorsqu’une personne y négocie ou signe des contrats, lorsque vous voulez facturer vos clients américains depuis une société américaine, lorsque vous avez besoin de visas L-1 ou E-2 ou souhaitez attribuer du capital, ou lorsque les frais d’EOR par salarié dépassent le coût fixe de votre propre entité. Il n’y a pas d’effectif fixe.

Des salariés américains peuvent-ils recevoir des BSPCE d’une société française ?

Les salariés d’une filiale américaine peuvent y être éligibles si la société française détient directement au moins 75 % de son capital ou de ses droits de vote et que les autres conditions sont remplies (règle applicable aux bons attribués à compter du 1er janvier 2026). Une personne recrutée via un EOR est salariée de l’EOR : elle n’est pas salariée de votre groupe.

Et une succursale américaine plutôt qu’une filiale ?

Une succursale (branch), c’est votre société étrangère elle-même qui opère aux États-Unis, enregistrée dans les États où elle exerce son activité. Elle peut parrainer des visas L-1, mais la société étrangère exerce alors directement une activité aux États-Unis et dépose des déclarations américaines (Form 1120-F). Beaucoup d’entreprises internationales préfèrent une filiale, qui isole les impôts et les risques américains dans une société américaine distincte.

Cet article est fourni à titre informatif uniquement et ne constitue pas un conseil juridique, fiscal ou comptable. Les règles et obligations varient selon l’entreprise, la personne et la juridiction, et peuvent évoluer. Demandez conseil en fonction de votre situation.